Résumé objectif du rapport de l'ANSES 2026. Principales conclusions de la saisine, données sur l'alimentation et...
Synthèse du rapport ANSES 2026 : points clés et recommandations
Cet article propose une synthèse voulue objective du rapport ANSES 2025 sur le vapotage. Vous y trouverez les données essentielles, la méthodologie scientifique utilisée et les recommandations officielles. Ce résumé condense les conclusions de l'expertise pour vous aider à comprendre les enjeux de santé publique associés aux produits du tabac et du vapotage.
À retenir
Rôle de l'Anses et cadre de l'expertise
L’ ANSES est un établissement public administratif français, placé sous la tutelle de plusieurs ministères (Santé, Agriculture, Transition écologique, Travail, Consommation).
Sa mission principale est de protéger la santé humaine, animale et végétale en évaluant les risques liés :
- à l’alimentation, et la sécurité alimentaire
- à l’environnement,
- aux milieux de travail.
Missions principales
Selon ses textes fondateurs et sa présentation institutionnelle, l’ANSES exerce notamment les missions suivantes :
- Évaluation scientifique des risques sanitaires (toxicologiques, biologiques, chimiques, physiques).
- Appui aux pouvoirs publics pour l’élaboration des politiques de santé publique.
- Autorisation et contrôle de certains produits (médicaments vétérinaires, pesticides, biocides, produits phytopharmaceutiques).
- Surveillance et vigilance (toxicovigilance, nutrivigilance, phytopharmacovigilance, etc.).
- Recherche et expertise collective via ses laboratoires et ses comités d’experts indépendants.
- Création de revue et guides sanitaires.
Contexte et methodologie du rapport ANSES 2025 sur le vapotage
L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a publié en décembre 2025 son avis et rapport d'expertise collective relatifs à l'évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage (Saisine n° 2023-AUTO-0023).
Ce rapport de l'Anses constitue aujourd'hui la référence scientifique majeure en France. Il vise à éclairer les consommateurs, les professionnels de santé et les décideurs publics sur la balance bénéfice/risque de la cigarette électronique face au tabagisme. Et fournir une évaluation des risques liés aux produits du vapotage.
Contexte et données de prévalence en France
Le rapport dresse un constat contrasté de la consommation de nicotine en France :
- Tabac fumé : La prévalence du tabagisme quotidien atteint son niveau le plus bas depuis la fin des années 90.
- Vapotage : L'usage progresse, avec une installation dans la durée et une prédominance de l'usage "dual" (tabac + vape).

En France, le tabagisme demeure le premier facteur de mortalité prématurée évitable.
- Il est responsable d’environ 75 000 décès par an, dont 45 000 attribuables aux cancers.
Malgré cette charge sanitaire considérable, les données récentes montrent une baisse continue du tabagisme depuis 2021.
- En 2024, 25,0 % des adultes âgés de 18 à 75 ans déclarent fumer, dont 18,2 % quotidiennement, représentant le niveau le plus faible observé depuis la fin des années 1990.
- Chez les adolescents âgés de 15 à 16 ans, seuls 3 % déclarent fumer en 2024, contre plus de 31 % en 1999.
Parallèlement, l’usage de la cigarette électronique connaît une progression constante depuis son apparition dans les années 2010. Selon les dernières études disponibles :
- 8,3 % des adultes utilisent une cigarette électronique et 6,1 % vapotent quotidiennement.
- 66 % des vapoteurs adultes déclarent utiliser la cigarette électronique depuis au moins deux ans et 32 % depuis quatre ans ou plus.
- 61% vapofumeurs, (Consommation simultanée des produits du tabac et du vapotage).
- 700 000 anciens fumeurs quotidiens estiment que la cigarette électronique les a aidés à arrêter de fumer.
- 27 % des vapoteurs adultes déclarent avoir remplacé partiellement ou totalement la cigarette fumée par la cigarette électronique.
L’Anses est chargée de recueillir et d’analyser les déclarations des fabricants concernant les produits commercialisés. Elle assure une veille sur leur composition et apporte une expertise scientifique à la Direction générale de la santé.
Plusieurs évaluations internationales ont identifié des risques sanitaires associés à l’utilisation des cigarettes électroniques, notamment respiratoires et cardiovasculaires. Toutefois, l’absence de recul suffisant et l’hétérogénéité des méthodes ne permettent pas d’établir un consensus sur les effets sanitaires à long terme.
Dans son avis de 2021, le Haut Conseil de la santé publique a renvoyé à l’Anses l’évaluation des risques toxicologiques du vapotage. L’Anses a également reconduit en 2023 une enquête nationale sur les usages, intégrant des questionnaires spécifiques concernant les adolescents et les femmes enceintes. Ces travaux montrent que le vapotage constitue une pratique quotidienne ancrée, principalement motivée par le sevrage tabagique, les considérations économiques et les aspects sensoriels des produits chez les adultes, tandis que les goûts et l’effet de mode dominent chez les adolescents.
La perception de la nocivité moindre du vapotage par rapport au tabac traditionnel par les vapoteurs est stable depuis 2020.
- Toutefois, la plupart des jeunes adultes et les utilisateurs occasionnels perçoivent d’avantage le vapotage comme une pratique au moins aussi nocive que les cigarettes traditionnelles,
- Ce qui indique la nécessité de mieux documenter le sujet, en vue d'améliorer les messages de santé publique.
Nature de l’expertise
Dans ce contexte, l’Anses a décidé, le 20 janvier 2023, de s’autosaisir pour réaliser une expertise portant sur l’évaluation des risques sanitaires liés à l’usage des produits connexes du tabac, en particulier ceux du vapotage, en complémentarité de celle portée par le Haut conseil de la santé publique en 2021.
Pour garantir la robustesse de ses conclusions, l'Anses a mobilisé le Groupe de Travail (GT) "Produits du tabac et du vapotage" selon une méthodologie duale :
Cette expertise combine deux approches qui se complètent :
- Évaluation de la littérature scientifique (ERS : Évaluation des Risques Sanitaires) : Analyse des études publiées entre 2017 et 2024 selon la méthode du "poids des preuves".
- Évaluation Quantitative des Risques Sanitaires (EQRS) : Modélisation probabiliste de l'exposition aux aldéhydes (substances toxiques générées par la chauffe).
Les conclusions et recommandations ont été élaborées à partir de ces 2 avis
Méthodologie et périmètre de l'expertise ANSES par le poids des preuves
Le rapport ANSES 2025 s'appuie sur la méthode du poids des preuves, qui définit des niveaux de confiance précis : suffisant, limité ou insuffisant pour chaque effet sanitaire identifié.
Cette approche méthodologique garantit une évaluation des risques rigoureuse, fondée sur les données disponibles.
De plus, l'ANSES collecte et analyse systématiquement les déclarations des fabricants de produits du tabac et du vapotage.
Les signaux sanitaires identifiés sont ainsi présentés avec leur degré de confiance scientifique. Aucune conclusion n'est avancée sans une justification solide basée sur les données actuelles. Cette approche rigoureuse permet de différencier ce qui est scientifiquement établi de ce qui reste sujet à une surveillance future.
L’évaluation du poids des preuves s’est articulée autour de trois grandes étapes :
- L’établissement de lignes de preuves : tous les phénomènes physiologiques ou pathologiques de même nature observés dans les études ont été recensés et regroupés en événement sanitaire plus large.
- L’établissement du niveau de confiance selon le type d’étude (humaines, in vivo ou in vitro humaines ou animales) : suffisant, limité ou insuffisant.
- L’estimation du poids des preuves : les niveaux de confiance associés à chaque type d’études humaines (cliniques et épidémiologiques), animales (in vivo) et in vitro ont été combinés pour exprimer une conclusion qui s’appuie sur la classification des agents cancérogènes établie par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC).
Pour qualifier l’association entre l’exposition et l’effet chez l’humain, soit, la probabilité pour les vapoteurs d’encourir certains risques, le poids des preuves est estimé comme suit :
- Avéré : si le niveau de confiance est suffisant pour les études humaines;
- Probable : si le niveau de confiance est limité pour les études humaines et suffisant pour les études in vivo;
- Possible : dans l’une des situations suivantes :
- le niveau de confiance est limité pour les études humaines et n’atteint pas le niveau suffisant pour les études in vivo;
- le niveau de confiance est insuffisant pour les études humaines et suffisant pour les études in vivo;
- en l’absence d’étude humaine, le niveau de confiance est suffisant ou limité pour les études in vivo;
- en l’absence d’étude humaine, le niveau de confiance est insuffisant pour les études in vivo et suffisant pour les études in vitro;
- Insuffisant : dans les autres cas et notamment lorsque seules des études in vitro sont disponibles;
Autrement exprimé en langage courant sous forme de hiérarchie de certitude (du plus fort au plus faible) :
- Avéré : preuves solides chez l’humain;
- Probable : preuves limitées chez l’humain + preuves solides chez l’animal;
- Possible : preuves très limitées, souvent uniquement animales ou cellulaires;
- Insuffisant : aucune conclusion ne peut être tirée.
Champ d'évaluation ERS :
Pour son rapport, l’ANSES s’est penchée sur quatre points distincts, en recherchant dans la littérature scientifique existante les études inhérentes à ces thèmes parues au niveau international de 2017 à 2024 :
- Les effets cardiovasculaires : 600 études identifiées, 28 retenues
- Les effets respiratoires : 1345 études identifiées, 27 retenues
- Les effets cancérogènes : 598 études identifiées, 25 retenues
- Les effets sur la femme enceinte et sa descendance : 32 identifiées, 32 retenues
Plus de 2500 études ont été évaluées pour un total de 112 retenues pour leur pertinence et fiabilité.
Analyse des risques sanitaires : Résultats de la revue de littérature (ERS)
Effets cardiovasculaires
Pour les effets cardiovasculaires et respiratoires, des effets ont été étudiés sur deux périodes d’exposition :
- Exposition courte : sans antécédent dans le vapotage, exposition unique ou répétée sur une période inférieure à 3 mois.
- Exposition prolongée : généralement les études sont réalisées sur une population de vapoteurs de 3 mois d‘ancienneté minimum.
Effets mesurés suite à une exposition courte :

Les données issues d’essais cliniques, ayant évalué les effets d’une exposition courte à la cigarette électronique chez des non vapoteurs, montrent la survenue possible de modifications hémodynamiques lors de mesures réalisées jusqu’à 4h après l’exposition. Ces effets incluent une élévation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque, une altération de la fonction endothéliale, une réduction de la réponse hyperhémique, ainsi qu’une augmentation de la rigidité artérielle, en lien probable avec la nicotine.
Effets mesurés suite à une exposition prolongée :

De manière générale, les résultats suggèrent que des événements sanitaires tels que la survenue d’infarctus du myocarde sont possibles, et qu’une altération de la fonction endothéliale est probable en présence de nicotine. L’augmentation de la pression artérielle ou de la fréquence cardiaque en présence de nicotine sont également probables.
Il est toutefois important de distinguer ces modifications, réversibles, des maladies chroniques telles que l’hypertension artérielle, les maladies coronariennes ou les accidents vasculaires cérébraux.
Bien qu’une élévation de la pression artérielle ait été observée dans plusieurs études, le poids des preuves reste insuffisant pour conclure à un lien direct avec la survenue d’une hypertension au sens clinique du terme, qui suppose une élévation persistante dans le temps. À ce jour, le lien entre des effets, qui sont des réponses de l'organisme au vapotage et qui ne peuvent être qualifiés de pathologiques, et l'émergence de maladies chroniques, comme l’hypertension ou les coronaropathies, ou la survenue d'événements vasculaires reste à démontrer.
En résumé, les experts notent que le vapotage induit des réponses physiologiques, principalement médiées par la nicotine. Si des effets aigus sont observés, le lien avec des pathologies chroniques installées reste à confirmer
Effets respiratoires
Suivant la même démarche (expo courte et expo prolongée) que pour les effets cardiovasculaires :
Effets mesurés suite à une exposition courte :

Effets mesurés suite à une exposition prolongée :

Précisions de l'Anses :
- Asthme : la majorité des données proviennent d’études transversales. Certaines mettent en évidence une association entre l'exposition prolongée et la survenue de symptômes sans pour autant pouvoir établir de lien de causalité, tandis que d’autres ne rapportent aucune association. L’interprétation des résultats est d’autant plus complexe que de nombreux facteurs environnementaux et biologiques peuvent influencer le développement de l’asthme.
- Bronchite : données encore plus limitées car la seule étude transversale disponible présente une limite Avis importante. En effet, l’absence de distinction entre bronchite aiguë et bronchite chronique dans cette étude rend difficile son interprétation clinique. Les symptômes, tels que la toux ou les sifflements, ont été plus fréquemment documentés, mais leur interprétation reste délicate car ils ne constituent pas des maladies en tant que telles, mais peuvent refléter des atteintes sous-jacentes ou transitoires, parfois liées à d'autres états respiratoires.
BPCO : plus complexe, car il s'agit d'une maladie chronique nécessitant une longue durée d’exposition à un ou des facteurs de risque. Certaines études suggèrent une association possible entre l’usage quotidien de la cigarette électronique et la survenue d’une BPCO, mais elles présentent plusieurs limites :
- Les études incluent souvent des populations dont l’ historique tabagique est mal caractérisé, rendant incertaine l’attribution spécifique au vapotage.
- Les durées d’exposition aux émissions de cigarette électronique rapportées dans ces études sont inférieures à cinq ans. (la BPCO se manifeste généralement au-delà d’une décennie d’exposition, avec une consommation tabagique cumulée souvent supérieure à 20 paquets-années).
- Le développement de cette maladie résulte de multiples facteurs de risque tels que le tabac (cause principale), la pollution environnementale, les expositions professionnelles à des agents irritants ou autres fumées, et des facteurs génétiques rares (comme le déficit en alpha1-antitrypsine).
Malgré ces limites, certaines études in vivo mettent en évidence des marqueurs précoces compatibles avec les mécanismes physiopathologiques impliqués dans la BPCO, ce qui justifie un niveau de preuve qualifié de possible. Toutefois, l’absence d’études longitudinales des sujets « jamais fumeurs », rend difficile toute conclusion spécifique à l’exposition au vapotage. De tels travaux sont donc indispensables pour évaluer spécifiquement le rôle de la cigarette électronique dans la survenue de cette maladie très fortement liée au tabac chez ces sujets.
En résumé :
Pour ce qui est de l’asthme, la bronchite et la BPCO, l’Anses constate l’absence de preuves concluantes. Des limites méthodologiques majeures se posent dans les études disponibles :
- Durées d’observation trop courtes pour des maladies chroniques,
- Impossibilité de distinguer l’effet du vapotage de celui du tabac, et/ou autres facteurs environnementaux
- Recours à des études transversales qui ne permettent pas d’établir de causalité.
L’agence elle-même souligne qu’il est difficile de tirer toute conclusion spécifique à l’exposition au vapotage.
Effets cancérogènes

À ce jour, aucune étude menée chez les utilisateurs de cigarette électronique n’a mis en évidence le développement de tumeurs.
En revanche, plusieurs travaux expérimentaux chez l’animal, ainsi que quelques études chez l’humain montrent la survenue possible de modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de cancérogenèse. Certaines de ces réponses cellulaires peuvent être interprétées comme :
- Marqueurs précoces d’exposition,
- « initiateurs » : susceptibles de contribuer aux premières étapes de la transformation cellulaire pouvant aboutir à un cancer.
Souligné dans le rapport :, les observations ne permettent ni de prédire la survenue d’un cancer, ni d’établir un lien de causalité.
Des études in vivo font également état de certains signaux évocateurs de processus néoplasiques, sans qu’aucune tumeur n’ait été observée chez les animaux exposés.
Par ailleurs, le développement d’un cancer est un processus souvent long, progressif, et multifactoriel.
Les données actuelles obtenues chez l’humain, issues d’études menées sur des durées d’exposition limitées (quelques mois à quelques années dans les études examinées), ne permettent pas d’évaluer ce risque.
Pour rappel, l’apparition de la cigarette électronique est récente, il y a 15 ans au maximum.
Enfin, il convient de rappeler que le processus de cancérogenèse ne dépend pas seulement d’une exposition isolée à un ou plusieurs facteurs de stress : il résulte d’interactions complexes entre des facteurs environnementaux, des prédispositions génétiques, des mécanismes biologiques (inflammation chronique, stress oxydant, altération des voies de réparation de l’ADN), et nécessite du temps.
Dans ce contexte, les résultats disponibles doivent être interprétés avec prudence. Si certains effets observés invitent à la vigilance, ils ne permettent pas de conclure à un possible effet cancérogène de la cigarette électronique à ce jour.
Mais la survenue de certaines modifications biologiques compatibles avec le développement de tumeurs est possible.
Effets sur la descendance des femmes enceintes vapoteuses pendant la grossesse
Tableau grossesse
Les données expérimentales animales suggèrent que l’exposition à la cigarette électronique, pendant la gestation, pourrait entraîner de possibles effets cardiovasculaires et respiratoires délétères sur la progéniture.
- Cardiovasculaire : certaines études in vivo indiquent des altérations des cellules cardiaques chez la progéniture mâle, des altérations hémodynamiques ou des troubles du rythme cardiaque, suggérant un impact du vapotage sur le développement cardiaque fœtal.
- Système respiratoire : plusieurs études semblent suggérer la possible mise en évidence de survenue d’altérations morphologiques et fonctionnelles du poumon chez la descendance exposée in utero. Ces effets incluent des altérations génétiques, des modifications histopathologiques, ainsi que des processus inflammatoires persistants.
Ces observations doivent être interprétées avec précaution car elles proviennent essentiellement de modèles expérimentaux.
Néanmoins, elles soulignent une vulnérabilité du fœtus aux substances générées par les émissions des cigarettes électroniques, en particulier en présence de nicotine.
Les études chez l’animal n’ont été réalisées que sur des rongeurs (rats et souris). L'Anses recommande de faire également des études sur au moins une espèce non-rongeur pour mettre en évidence des effets sur la reproduction ou le développement.
Sur la base des études expérimentales examinées, les experts concluent à des effets délétères possibles au niveau cardiovasculaire et respiratoire pour la descendance de femme enceinte vapoteuse.
Vapotage vs Tabac : Analyse comparative des risques
Tableau récapitulatif des poids de preuves pour le vapotage, en comparaison avec le tabac fumé.

Les connaissances actuelles permettent de conclure que les effets associés à l’usage de la cigarette électronique ne sont pas d’une gravité équivalente à ceux provoqués par le tabac. L'absence de combustion constitue un avantage majeur du vapotage, réduisant l'exposition aux substances toxiques et cancérogènes caractéristiques de la fumée du tabac.
Bien qu’il existe des substances présentes dans l’aérosol qui soient spécifiques au vapotage, de nombreuses substances nocives présentes dans la fumée de tabac sont absentes des émissions de vapotage, et lorsque certaines de ces substances sont détectables dans les aérosols de cigarettes électroniques, leurs concentrations sont significativement plus faibles que celles mesurées dans la fumée de cigarette conventionnelle.
Néanmoins, la présence de composés toxiques dans les émissions, ainsi que d’une substance addictive comme la nicotine, imposent une vigilance.
Le vapotage est un comportement relativement récent, si bien que l’évaluation du risque sanitaire lié à une telle pratique souffre d’un recul insuffisant.
L’absence actuelle de maladies chroniques avérées chez les vapoteurs n’ayant jamais fumé, pourrait ainsi être liée à ce manque de recul plutôt qu’à une réelle innocuité.
Par ailleurs, le rapport souligne que l’analyse des risques liés au vapotage se heurte à plusieurs limites méthodologiques, notamment :
- absence de caractérisation précise de l’exposition : Pas de précisions sur la composition des e-liquides (présence et concentration en nicotine, arômes, etc.) ni sur la durée d’exposition.
- Difficulté à caractériser précisément les effets : diagnostics pouvant être établis par auto-déclaration.
- Manque d’informations sur le statut tabagique, antérieur ou actuel, des participants : rend difficile l’interprétation des résultats, alors que ce tabagisme antérieur ou actuel peut avoir induit, ou induire, des lésions chez les vapoteurs.
- Grande variabilité des cigarettes électroniques et de leurs e-liquides : en termes de composition chimique, de dosage en nicotine et de génération d’aérosols, évolution rapide du marché et matériel => complique la caractérisation des expositions aux substances toxiques.
- Diversité des profils d’utilisateurs et des pratiques d’usage : rend difficile l’interprétation des données épidémiologiques et l’estimation précise des risques sanitaires.
- L'évaluation des risques sanitaires liés au vapotage difficile : du fait de la nature des populations étudiées et des méthodes employées. Certaines recherches, notamment aux États-Unis, s'appuient sur des produits plus fortement dosés en nicotine qu’en France, compliquant ainsi l'extrapolation des résultats à la population française.
- Recours aux auto-déclarations du statut tabagique : induit un biais de sous-déclaration.
- 98 % des vapoteurs adultes, en France, sont fumeurs ou anciens fumeurs : Les trajectoires variées des utilisateurs introduisent des facteurs de confusion, faisant de l'identification de populations pertinentes pour évaluer le risque absolu du vapotage un enjeu méthodologique majeur.
- De nombreux facteurs environnementaux et biologiques peuvent influencer le développement de pathologies (asthme, BPCO, cancer et maladies cardiovasculaires) : pollution de l’air (particules fines, oxydes d’azote,...), allergènes (pollens, acariens, moisissures) ou infections (virales, fongiques ou bactériennes) des voies respiratoires.. => peuvent interagir entre eux et masquer ou moduler les effets spécifiques d’une exposition à la cigarette électronique => l’attribution difficile d’un effet causal propre à cette seule exposition.
- Le vapotage en France s'inscrit souvent dans un contexte de polyconsommations (vapofumeurs ou produits stupéfiants) : Non abordé dans le rapport => être à l’origine d’effets spécifiques générés par interactions entre consommations et comportements à risques.
- Travaux focalisés sur les effets cardiovasculaires ou respiratoires lors de l’exposition de la femme enceinte : => plusieurs effets in utero non étudiés, tels que :
- Effets neurologiques : la grossesse représente une période particulièrement sensible pour le développement neurologique du fœtus.
- Effets immunitaires : la grossesse est une étape importante dans le développement de ce système.
- Effets endocriniens : en particulier concernant le dimorphisme sexuel de l’enfant à naître ou les effets thyroïdiens par exemple.
- Les études expérimentales de toxicité (in vitro et in vivo) présentent certaines limites spécifiques : difficulté de transposer les résultats des modèles animaux à l’humain, l’utilisation fréquente de lignées cellulaires cancéreuses, le choix des modes et des doses d’exposition, ainsi que le manque d’harmonisation des protocoles. Mais complètent utilement les études chez l’humain =>
- Mieux contrôler l'exposition aux émissions de cigarettes électroniques =>
- Mieux associer un effet biologique à une composition chimique donnée.
- Études de toxicité non biaisées par les comportements propres à l’humain.
Au regard des connaissances actuelles, il apparaît que, bien que la cigarette électronique entraîne moins d’effets nocifs que la fumée de tabac, son usage n’est pas dépourvu de risques, ceux-ci demeurant toutefois inférieurs à ceux associés au tabagisme.
Evaluation quantitative des risques sanitaires (EQRS)
Au-delà de cette comparaison qualitative, l’Anses a également mené une évaluation quantitative des risques sur six aldéhydes spécifiques, substanches chimiques irritantes les plus préoccupantes : formaldéhyde, acétaldéhyde, acroléine, propionaldéhyde, glyoxal, et furfural.
L'idée étant de chiffrer précisément l’exposition des vapoteurs vs fumeurs. Et de déterminer si les niveaux observés peuvent présenter ou non un risque pour le vapoteur.
Le groupe de travail de l'Anses a, dans un premier temps, cherché à savoir, quelle était, en probabilité, le pourcentage de personnes présentant le risque d'être en contact avec l'une des aldéhydes sélectionnées.
Pourcentage basé sur 2 scénarios :
- Scénario moyen : concentration moyenne et 200 bouffées par jour
- Scénario majorant : concentration élevée et 600 bouffées par jour
Tableau : Proportion des consommateurs dans des situations où les risques liés à l’exposition aux aldéhydes dans les émissions ne peuvent être exclus
Que disent ces chiffres ?
Ces résultats confirment que :
- pour la cigarette fumée : le risque d’apparition d’effets néfastes liés à l’exposition aux aldéhydes n’est jamais exclu : toutes les situations d’exposition sont susceptibles de mener à un effet critique, hormis pour le formaldéhyde concernant 15% des situations. Même pour des consommations très faibles d’une seule cigarette fumée quotidiennement, le fumeur sera exposé à un niveau d’aldéhydes tel que le risque d’apparition d’effets néfastes liés à l’exposition aux aldéhydes sur le long terme ne pourra être exclu.
- Pour le vapotage : les résultats sont plus contrastés. La fraction des consommateurs dans des situations où le risque d’apparition d’effets néfastes liés à l’exposition aux aldéhydes dans les émissions ne peut être exclu est de 5% pour l’acétaldéhyde, entre 10% et 20% pour le formaldéhyde, l’acroléine et le furfural et proche de 100% pour le propionaldéhyde et le glyoxal.
Ces résultats permettent de conclure que les risques liés à l’exposition aux aldéhydes ne peuvent être exclus dans le cas du vapotage, notamment pour ceux qui vapotent le plus ou pour les vapoteurs les plus exposés aux aldéhydes du fait de leurs conditions de vapotage, celles-ci étant fonction de la composition du e-liquide ainsi que du matériel utilisé, de ses réglages et de son entretien.
Si l’on compare avec la cigarette fumée, le vapotage conduit à une forte réduction de l’exposition aux aldéhydes dans les émissions : de 80 à près de 100%.
Toutefois, cette réduction de concentration dans les émissions ne se traduit pas par une réduction de la même amplitude de la fraction des vapoteurs en situation où les risques ne peuvent être exclus (pourraient être présents).
Tableau 4. Réduction de la concentration des aldéhydes dans les émissions et réduction correspondante de la fraction des consommateurs en situation où le risque ne peut être exclu (PoCE). Comparaison vapotage (V) avec cigarette fumée (C)
Discussion formulée par l'Anses :
La méthode d’évaluation quantitative des risques sanitaires (EQRS), fondée sur une approche par marges d’exposition, a été appliquée aux aldéhydes présents dans les émissions de produits du vapotage.
Cette approche, inspirée de travaux réalisés sur les produits du tabac fumé, permet d’interpréter les résultats obtenus en termes de risque sanitaire potentiel pour le consommateur. Les aldéhydes, détectés dans les e-liquides et les aérosols issus du vapotage, sont associés à divers effets toxiques, à court comme à long terme. Cette exposition est d’autant plus préoccupante qu’elle est associée à des expositions provenant d’autres sources. La prise en compte de différentes sources de données (littérature et déclaration des fabricants) a permis de sélectionner, pour chaque aldéhyde, une gamme de valeurs plausibles dans les émissions. Outre la concentration des aldéhydes dans les émissions, les modalités de consommation (nombre, volume et durée des bouffées…) influencent l’exposition du consommateur, et donc le risque.
Sur la base de l’ensemble de ces éléments, ces travaux suggèrent un risque sanitaire non négligeable lié à la présence possible d'aldéhydes dans les produits du vapotage.
La modélisation semi-probabiliste des rapports de marges d’exposition, pour le vapotage d’une part, pour la cigarette fumée d’autre part, permet d’estimer une forme de « réduction du risque » de l’un par rapport à l’autre.
Conclusions du CES CONSO :
Le travail du GT vise principalement à évaluer les risques sanitaires liés à l’usage des produits de vapotage, selon une double approche :
- ERS : Revue systématique de la littérature accompagnée d’une analyse du niveau de preuve concernant les effets respiratoires, cardiovasculaires et cancérogènes
- EQRS : élaboration d’une méthode quantitative d’évaluation des risques (EQRS), appliquée aux aldéhydes émis lors du vapotage
Y voir plus clair sur la pratique du vapotage en France
Ce rapport permet d’apporter un éclairage scientifique sur :
- les pratiques de vapotage en population générale, notamment chez les femmes enceintes et les adolescents;
- les phénomènes et déterminants de l’addiction et de l’attractivité;
- une différence dans les niveaux de risque entre le vapotage et le tabac fumé, à partir d’une évaluation rigoureuse du poids des preuves, avec des risques moindres pour le vapotage (ERS); et une objectivation du risque de la cigarette électronique avec l’exemple des aldéhydes, en absolu et comparativement au tabac fumé (EQRS);
- des éléments permettant de comprendre dans quelle mesure la cigarette électronique pourrait être envisagée comme un outil de « réduction des risques »
Réduction des risques mais pas inoffensif
Les principales conclusions de l’approche ERS confirment que, comparé au tabagisme, le vapotage induit globalement un moindre niveau de risques liés aux substances toxiques par rapport au tabac fumé.
Toutefois, on notera que l’utilisation de la cigarette électronique est associée à :
- la survenue probable de certains effets cardiovasculaires en présence de nicotine;
- la survenue possible d’effets sur les voies respiratoires, le système cardiovasculaire et la cancérogenèse indépendamment de la présence de nicotine;
- la survenue possible d’effets sur le développement cardiovasculaire et respiratoire du fœtus exposé in utero;
On notera également, en l’état des connaissances actuelles, aucune catégorie d’effet ne dépasse, en gravité ni en niveau de preuve, celles observées pour le tabac fumé; la combustion absente reste l’avantage majeur du vapotage.
Les travaux du GT sur la revue de la littérature montrent que les effets sanitaires du vapotage sont moindres que ceux du tabac fumé. Toutefois, ils existent.
Ce travail contribue à la réflexion sur la place potentielle de la cigarette électronique dans les politiques de lutte contre le tabagisme.
Des limites majeures demeurent, liées au manque de recul temporel, à l’hétérogénéité des produits du vapotage et des comportements des vapoteurs ainsi que des protocoles d’étude, et la difficulté d’isoler l’effet propre au vapotage, du passé tabagique des utilisateurs (pour rappel, seulement 2 % des vapoteurs adultes n’ont jamais consommé de tabac fumé).
La méthode EQRS, développée pour les aldéhydes, en s’appuyant sur une approche semi- probabiliste, permet de conclure à un risque sanitaire non négligeable pour les vapoteurs, confirmant les conclusions de la revue de la littérature (ERS), même si les effets issus de cette synthèse et ceux de l’EQRS ne sont pas toujours directement comparables, notamment compte tenu de la nature des effets connus induits par les aldéhydes.
Toutefois, du fait de concentrations en aldéhydes dans les émissions de cigarette électronique, bien inférieures à celles rencontrées pour la cigarette fumée, il est possible de conclure, pour ces substances, à une réduction de la fraction des consommateurs en situation où le risque sanitaire ne peut être exclu.
Ces conclusions concernant l’EQRS liée aux aldéhydes, dont les effets considérés sont des effets à seuil, renforcent les conclusions du GT sur l’ERS :
Même si elle induit moins d’effets néfastes que la fumée de cigarette, l’utilisation de la cigarette électronique n’est pas sans risque pour le vapoteur. De plus, si le vapoteur utilise des e-liquides qui contiennent de la nicotine, l’aérosol généré par la cigarette électronique aura un pouvoir addictif au même titre que la fumée de cigarette.
Enfin, concernant les déterminants de l’attractivité des produits du vapotage, le CES note les points suivants :
- chez les adolescents, la dimension sociale joue un rôle important dans l’attractivité du vapotage. La gestuelle associée à l’utilisation des cigarettes électroniques contribue à l’image qu’ils souhaitent projeter et leur permet de s’intégrer à un groupe. Le mimétisme, consistant à reproduire les comportements observés chez leurs pairs, constitue aussi un puissant moteur d’initiation et de maintien de la pratique du vapotage;
- une augmentation significative des prix résultant d’une taxation accrue pourrait dissuader certains consommateurs, mais en contrepartie favoriser, d’une part le report vers des produits faits maison avec des ingrédients non adaptés (do it yourself, DIY), d’autre part le développement d'un marché parallèle de produits du vapotage semblable à celui observé dans le secteur du tabac. Ce marché non régulé comporterait des risques sanitaires supplémentaires liés notamment à la qualité incertaine et au manque de contrôle des produits commercialisés.
Recommandations officielles de l'ANSES
Dans son rapport ANSES 2025, l'agence formule des directives précises à destination des soignants, des industriels et des pouvoirs publics. Ces recommandations visent à mieux encadrer l'usage de la cigarette électronique dans le cadre d'une politique globale de santé publique dédiée au vapotage.
Professionnels de santé
Le CES recommande que les professionnels de santé soient a minima informés des risques du vapotage afin qu’ils puissent juger d’intégrer, ou non, l’option cigarette électronique dans un processus d’arrêt du tabac tout en conservant l’objectif d’un arrêt de cet outil à terme.
Usagers :
Recommandations pour :
- Non-vapoteurs (y compris anciens fumeurs) et les personnes n’ayant jamais fumé : Ne jamais commencer à vapoter, ne pas commencer ou recommencer à fumer.
- Fumeurs ou vapofumeurs : Arrêter de fumer ou de vapofumer reste l’objectif ultime en matière de santé. Pour les personnes désireuses d'arrêter de fumer, n’y arrivant pas seules, il est recommandé de faire appel à des professionnels de santé (tabacologue, médecin généraliste, infirmier, pharmacien…) qui pourront proposer un accompagnement et une prise en charge. En cas de difficultés à arrêter, la cigarette électronique peut être une solution alternative (dans un esprit de réduction des risques) sous certaines conditions :
- Ne pas continuer à fumer la cigarette en parallèle de façon pérenne;
- La cigarette électronique doit être avant tout utilisée dans un objectif de sevrage tabagique (arrêt complet) et pas seulement pour réduire sa consommation de tabac;
- La cigarette électronique doit être vue comme une alternative transitoire qui conduit à un arrêt complet, à terme, de toute utilisation de la cigarette électronique.
- Le CES souligne la nécessité de prendre en compte les capacités individuelles de chaque fumeur et/ou vapoteur quant à un objectif d'arrêt complet de sa consommation. En effet, les déterminants environnementaux au sens large, notamment les conditions socio-économiques, peuvent entraver le cheminement de l’individu vers un arrêt complet.
- Femme fumeuse enceinte : privilégier l’arrêt complet de la cigarette fumée avec un accompagnement par un professionnel de santé et des traitements de substitution nicotinique, sans utiliser la cigarette électronique. Si elle n’y parvient pas, la cigarette électronique peut être envisagée comme une alternative pour un arrêt complet de la cigarette fumée, dans le cadre d’une réduction des risques. Toutefois, les risques du vapotage sur la descendance existent même s’ils sont moindres que ceux du tabac fumé.
- « Do It Yourself » : utilisé pour des raisons essentiellement économiques. Cette pratique n’est pas dénuée de risques tels que le surdosage, l’emploi d’ingrédients non adaptés à l’inhalation et l’exposition accidentelle de l’entourage en particulier des enfants (cas notamment d’ingestion de produits liquides de vapotage). Le CES recommande aux usagers de respecter les préconisations de mélange disponibles et de n’utiliser que les kits prévus à cet effet.
Pouvoirs publics
- Renforcer le suivi du marché :
- en mettant en place un dispositif de veille et d’enquêtes régulières, en collaboration étroite avec les acteurs du marché, pour suivre l’évolution des e-liquides, des dispositifs et des pratiques de vapotage, et adapter rapidement la réglementation (par exemple en évaluant l’impact d’éventuelles interdictions comme celle des cigarettes électroniques jetables);
- en systématisant les plans d’analyse et de contrôle des produits commercialisés.
- Rendre obligatoire l’application des normes relatives au vapotage : Le secteur du vapotage comprend aujourd’hui plusieurs normes volontaires qui contribuent à l’amélioration de la qualité et la sécurité des produits pour les consommateurs. Le CES recommande d’inscrire dans la réglementation le respect de ces normes.
- Poursuivre l’ amélioration et la normalisation de méthodes de génération des émissions et de mesure des substances nocives. Pour obtenir des résultats d'études comparables. Et réduire l’incertitude en évaluation des risques.
- Améliorer la perception et sensibilisation sur les risques des produits du vapotage. D’après le dernier Baromètre Cancer (2023), dans la majorité de la population générale, les risques liés à la cigarette électronique sont perçus comme équivalents ou plus graves que ceux liés au tabac fumé. Cette perception va à l’encontre des conclusions de cette expertise. Il est donc important de communiquer et diffuser les conclusions de ce rapport auprès des différentes populations. Le CES recommande de continuer de suivre la perception de ces risques en réalisant des enquêtes.
- Une sensibilisation sur les risques de la pratique du « Do It Yourself » : nécessaire, notamment sur le choix des ingrédients pour la fabrication maison d’e-liquides, et sur les risques d’utilisation de produits non destinés à cet usage, ainsi que sur les erreurs potentielles de surdosage qui peuvent augmenter le risque toxicologique pour l’usager.
Recommandations à l’attention des fabricants de dispositifs de vapotage
Les dispositifs de vapotage commercialisés doivent respecter des exigences strictes de sécurité et de qualité, en s’appuyant notamment sur les normes existantes.
La composition des résistances doit être maîtrisée et exempte d’éléments métalliques toxiques. Intégrer des systèmes de régulation garantissant une maîtrise des températures de chauffe et des plages de puissance, afin de limiter la formation de substances indésirables.
Des consignes claires doivent être fournies aux utilisateurs concernant le remplacement régulier des résistances et composants soumis à l’usure.
Le CES recommande en outre que les responsables de la mise sur le marché inscrivent leurs produits dans une démarche de certification indépendante.
Recommandations à l’attention des fabricants d’e-liquides
Le CES recommande que la formulation des e-liquides s’inscrive dans une démarche de sécurité intégrée dès la conception (« safe by design »), visant à prévenir tout risque lié à l’inhalation.
Les substances entrant dans la composition des e-liquides doivent être sélectionnées au regard de leur absence d’effet néfaste non seulement en tant que substances initiales, mais également en tenant compte de leurs produits de dégradation et de leur potentiel addictif. Ce principe doit dépasser le simple respect des interdictions existantes et s’appuyer sur les normes de composition des e-liquides actuellement en vigueur.
Le CES attire notamment l’attention sur l’apparition sur le marché de dérivés de la nicotine, tels que la nornicotine et la 6-méthyl-nicotine. Cette dernière, bien que considérée réglementairement comme de la nicotine, présente un profil toxicologique préoccupant, en particulier par son caractère addictif, ce qui justifie une évaluation différenciée et l’adaptation du cadre réglementaire.
Dans la continuité des recommandations déjà effectuées par l’Agence (avis 2020-SA-0015), le CES réitère ces recommandations visant à constituer une liste négative de substances interdites dans la composition des e-liquides.
Enfin, il recommande que les fabricants inscrivent leurs produits dans une démarche de certification indépendante couvrant l’ensemble du processus de formulation, de la sélection des substances jusqu’à la mise sur le marché.
Surveillance épidémiologique et recherche future
Le CES recommande de compléter les données disponibles et les élargir aux champs non encore étudiés (effets sur le développement, immunologiques, reprotoxiques et endocriniens).
Il serait nécessaire de disposer d’études longitudinales françaises voire européennes de grande ampleur, sur des populations exposées de vapoteurs jamais fumeurs.
À ce jour, ces populations sont insuffisantes pour évaluer le risque lié exclusivement au vapotage et aucune cohorte dédiée n’existe à notre connaissance. De telles études devraient intégrer les éléments suivants :
- Données précises sur les usages et l’ exposition : ancienneté de l’usage, trajectoire des utilisateurs, statut tabagique, concentrations en nicotine, caractéristiques du matériel utilisé, la fréquence de consommation, etc.
- Données sur les co-expositions environnementales multiples auxquelles les vapoteurs peuvent être soumis (pollution, pesticides, alimentation, etc.). Non seulement les ingrédients CMR (interdits) mais également les sensibilisants respiratoires et cutanés.
- Données élargies aux populations sensibles telles que les femmes enceintes vapoteuses et leur descendance, ou des adolescents.
- Harmoniser les protocoles afin d’obtenir des données robustes visant à relier précisément un effet biologique à une composition chimique donnée.
- Réaliser des études expérimentales dans des conditions d’utilisation représentatives de l’exposition humaine.
- Recherches approfondies nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes à l’origine des effets observés en distinguant l’exposition court terme de l’exposition long terme.
- Évaluer plus spécifiquement la toxicité des ingrédients.
Foire aux questions
Quels sont les principaux résultats du rapport ANSES 2025 sur le vapotage ?
Le rapport ANSES 2025 confirme que le vapotage présente un profil de dangerosité possible, mais inférieur à celui du tabac fumé.
Des effets sur les systèmes respiratoire et cardiaque sont considérés comme possibles, avec une intensité jugée faible.
Les risques sanitaires liés aux cancers manquent encore de données solides sur le long terme. L'exposition à certaines substances, comme les aldéhydes, présente un risque additionnel, avec des marges de sécurité considérées comme rassurantes.
Cependant, l'évaluation des risques souligne des incertitudes persistantes, principalement en raison de la grande diversité des produits disponibles et du manque d'études longitudinales suffisantes.
Quelles recommandations l'ANSES formule-t-elle pour les professionnels de santé ?
Dans ses recommandations, l'ANSES insiste sur la nécessité pour les professionnels de santé d'être parfaitement informés des risques du vapotage avant de l'envisager comme une aide au sevrage tabagique.
Les personnes n'ayant jamais fumé ne doivent pas commencent à vapoter.
La cigarette électronique ne doit être proposée aux fumeurs actuels que comme une aide temporaire, sans encourager un usage double et prolongé avec le tabac.
Pour les femmes enceintes, l'arrêt complet du tabac reste la priorité absolue, et le recours à l'e-cigarette ne doit être considéré qu'en tout dernier recours.
Les soignants doivent être formés pour expliquer le principe de réduction des risques sans pour autant minimiser les effets potentiels.
Communiquer clairement les éventuelles alertes sanitaires aux patients.
Où trouver le rapport complet et comment accéder aux données scientifiques détaillées ?
Le rapport complet est accessible gratuitement sur le site officiel de l'agence (www.anses.fr),
dans la section dédiée aux produits du tabac et du vapotage.
Cette rubrique centralise tous les avis et rapports relatifs à l'évaluation des risques sanitaires, lesquels sont régulièrement mis à jour pour intégrer les dernières avancées scientifiques.
Les conclusions de l'ANSES reposent sur une méthodologie rigoureuse et transparente, combinant des analyses quantitatives et une revue exhaustive de la littérature existante.
Pour approfondir le sujet, les annexes techniques du rapport détaillent les modèles d'exposition et les calculs de marges de sécurité employés par les experts. Le document propose également des pistes pour renforcer la surveillance épidémiologique future et améliorer le suivi des produits commercialisés en France.